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©Paul Almasy
©Paul Almasy

Il suffit d'un malentendu

d'un mot qui n'est pas retenu

et ce corps qu'on a tant tenu

s'envole s'envole

 

il suffit peu si l'on y pense

et dans l'étendue tant immense

la mégapole

 

elle était brune et un peu forte

et quand sur nous fermée la porte

il se peut qu'il m'ait plu

de nous revoir tout nus

il se peut que je me sois dit en passant


 

Où est ma place dans le cosmos

et plus près

est-elle ici

et plus près

est-ce dans ce lit

 

Il suffit que l'on y repense

l'histoire ancienne qui n'en finit

la nouvelle à peine qui commence

et l'on se dit que ça suffit

 

il était tard elles étaient deux

je me suis trouvé au milieu

t'as qu'à dormir ici

alors on a dormi

il se peut que je me sois dit en passant

 

Où est ma place dans le cosmos

 

Il suffit d'une ressemblance

une carence que l'on remplit

un point commun Une attirance

un artifice qui ne suffit

 

Elle était belle et asiatique

son habitat microscopique

et le futon à terre

écrasait mes lombaires

il se peut que je me sois dit en passant

 

Où est ma place dans le cosmos

 

Il suffit d'un sourire osé

un regard qui semble un baiser

l'épiderme à peine effleuré

un jeu de rôle

 

Il suffit d'une intonation

un mot de trop Une profusion

et l'évidence de la présence

s'envole s'envole.

 

©Franz Alias


Elle a de jolis yeux

de jolis doigts de pied

son corps est une aire de jeux

mais j'ai cette pensée

 

Elle attend que je vienne

sourit dans je m'assieds

elle a fait de ma vie la sienne

mais j'ai cette pensée

 

Elle est comme on la rêve

et propre et parfumée

elle me dit que je suis sa sève

mais j'ai cette pensée

 

Mais j'ai cette pensée

que je ne peux combattre

c'est celle du macchabée

dans son amphithéâtre

 

Ah c'qu'on s'emmerde ici

merdissi

merdissi

tsoin

tsoin.

©Edward Hopper, Room in New York, 1932.
©Edward Hopper, Room in New York, 1932.

©Franz Alias


Depuis on voit la vie partout

et le soleil comme un cadeau

depuis la douleur se dissout

les prisons n'ont plus de barreaux

depuis la nature est si belle

plus belle encor de jour en jour

et l'on ne se sent plus rebelle

depuis que l'on a un amour

 

Depuis les matins sont plus tôt

et les métros plus supportables

on met des fleurs dans tous les pots

et les voisins deviennent aimables

depuis on vient voir les malades

on a du temps pour les détours

l'eau sur le corps n'est jamais froide

depuis que l'on a un amour

 

Depuis les jours semblent plus longs

les idées des hommes sont moins sales

on se retourne pour dire pardon

et les regrets ne font plus mal

depuis on oublie tant de peines

on met les vieux dans du velours

c'est aux enfants qu'on donne les rênes

depuis que l'on a un amour

 

Depuis la rancoeur n'a plus cours

on est plus fous et moins avares

on se souvient On dit bonjour

on ne dit plus qu'il est trop tard

et ces rochers qui sont nos rêves

et qu'on avait jugés trop lourds

sont des rochers que l'on soulève

depuis l'amour Depuis l'amour.

 

©Gustave Courbet, L'Origine du monde, 1866.
©Gustave Courbet, L'Origine du monde, 1866.

 

©Franz Alias


Derrière une chose l'on trouve

une cachette un coffre-fort

une émotion qui couve

une flopée de corridors

dans une coulée de rimmel

dans une métaphore

sous le tapis sous les semelles

aussi se cachent des trésors

 

Derrière un bourgeon le printemps

sur une épaule un réconfort

dans un regard un glissement

l'espoir dans une aurore

derrière une chose on déniche

des passeports

dans un poème un acrostiche

dans l'amour Flore.

©Constantin Brancusi, le Baiser.
©Constantin Brancusi, le Baiser.

©Franz Alias


Prendre une feuille

et un crayon

soit qu'on le veuille

ou soit que non

prendre le mot

tel qu'il arrive

le trouver beau

quoi qu'il arrive

Quitter la ville

pour la campagne

pour qu'à dix mille

on s'en éloigne

garder précieux

sous le bureau

du malheureux

mais pas de trop

 

Prendre un papier

et un stylo

tirer un trait

gommer les maux

et comme l'onde

nettoie la plage

créer un monde

tourner la page.


©Franz Alias