➤ Couvrez ce sein que je ne saurais voir !

©Flore Betty
©Flore Betty

 



  Comme chacun ne devrait pas l'ignorer, ma chérie est artiste peintre. Elle n'appartient à aucun courant, ne dépend d'aucune école, ne défend pas de causes, et possède une technique propre. Elle peint essentiellement des femmes, des belles femmes, en portrait ou en nu, des femmes au regard perdu, loin, profond, des femmes qui s'expriment par ce qu'elles sont, avec élégance, douceur et féminité, des femmes universelles.

  Recommandée par un ami peintre reconnu, l'organisateur d'une exposition annuelle et provinciale l'invite à participer à son événement. Elle accepte avec plaisir... à condition, dit-il, qu'elle ne présente pas de nus. « Vous comprenez, notre manifestation est très familiale, il y a beaucoup de scolaires qui viennent, et vu les circonstances, un nu de dos, ça passe, mais pas plus. »


Je m'interroge.

Je m'étonne.

Je m'énerve.

Je me scandalise.

Pas de nichons, surtout pas de nichons ! « Vous comprenez, vu les circonstances... », mais de quelles circonstances parle-t-on ? de circonstances qui inciteraient à ménager le puritain ? de circonstances qui favoriseraient une certaine censure ? de circonstances qui demanderaient à ne choquer personne ?


La belle excuse que celle de l'enfant ! Ici, la maison déborde de femmes nues, il y en a sur tous les murs, derrière chaque porte, et les pièces voient circuler pas moins de trois enfants... qui n'ont pas encore l'air d'en être particulièrement perturbés. Et comment pourraient-ils l'être ? Comment pourraient-ils être perturbés par la beauté qui les entoure quand ils ne devraient l'être ni par la violence des images des journaux télévisés de vingt heures, ni par la vulgarité des émissions de prime time de TF1 ou de M6 ? Le visage d'un enfant ensanglanté face caméra ? Ça passe. Des cadavres calcinés sur un trottoir ? Ça passe. Des « putain », « merde », « connasse » régulièrement sortis de la bouche des animateurs de télévision ? Ça passe. Les bonjour et au revoir qui n'accompagnent plus les portes franchies ? Ça passe. La parole largement offerte aux propagateurs de haine, de racisme, d'homophobie ? Ça passe.

Mais la beauté d'un sein, d'une courbe à toute féminine, le galbe d'une fesse ronde et généreuse, mais l'épaule veloutée d'une pause lascive, mais un nombril, mais une nuque, un creux de hanche, une cambrure, et ce téton ! Oh mon dieu ce téton. Les nichons durs et lourds qu'ils ont été les premiers à prendre à pleines mains et dont ils se sont gorgés goulument, ceux-là non, surtout pas, ils risqueraient de les choquer. Je comprendrais s'il s'agissait de grosses chattes bien ouvertes, avec du poil bien noir. Mais pas là. Un nu, monsieur l'organisateur, n'est pas une photographie pornographique. Et les enfants n'ont pas besoin de vous pour savoir faire la différence.


Une question se pose donc : quelle société proposons-nous désormais à nos enfants ? Un virage à 180 degrés ? un trait qu'on tire sur mai 68 ? Un puritanisme sévère ? Une grotte ? Le voile de pudeur, bien épais - surtout bien épais - est donc à remettre sur le corps de la femme, et de toutes les femmes. Et par tous les hommes. C'est urgent, voyons, pour nos enfants, et pour la pureté de leur âme. Parce que ces peintures qu'il faut cacher, ce ne sont que des images de grosses salopes qui montrent leur cul, rien à voir avec leur maman. Parce qu'une maman, c'est bien connu, ça n'est pas une femme qui se dénude.

 

©Franz Alias

 

 


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