➤ Oh valdingues [extrait 7]

p. 83

 

 

  J'étais paisiblement en train de lui suçoter l'entre-cuisse quand un cri tout droit sorti d'un film d'horreur nous paralysa, du moins juste après m'être redressé et qu'elle m'a envoyé un de ses genoux dans les dents.

 J'ai bien failli me retrouver le cul par terre. Elle a remonté le drap jusqu'à son menton, j'ai essuyé le mien.

  − C'était quoi, ça ?! elle a chuchoté.

  J'ai pas eu le temps de lui fournir mon ignorance qu'un autre cri similaire, plus aigu, a résonné tout près, suivi d'une longue série. Ça ressemblait à une succession de kkhruiiikk caverneux, une sorte de va-et-vient de porte de château-fort qu'on arriverait à faire grincer au fond de sa gorge. A vous glacer le sang.

  On s'est regardés, la tête rentrée dans les épaules, en nous demandant quels devaient être les premiers gestes d'auto-défense en pareil cas.

  Le silence est revenu, plus lourd que rassurant.

  − Tu vas voir ? elle m'a soumis dans un souffle.

  Ho là, ai-je dit dans ma tête. C'est plutôt que je ne me voyais pas me balader comme ça sur la terrasse, à poil et la tige toujours en l'air, n'est-ce pas.

  − Non mais ça va..., tu entends..., ça s'est arrêté.

  J'ai très vite pigé que ça n'allait pas lui suffire, et que j'avais un putain de rôle à tenir. Elle était toujours plus ou moins à cran sur le plumard exotique, les genoux remontés sur la poitrine, un sourire grimaçant sur la figure qui aurait pu être interprété comme un encouragement. Tu parles. J'ai pris le premier tee-shirt à portée de main et m'en suis fait un étendard qui, avouons-le, n'a pas pris dix secondes pour redevenir un bout d'étoffe. J'ai fait grincer la porte dans une lenteur à se morfondre, et juste avant de franchir le seuil, j'ai eu l'instinct de ramasser la première chose qui pouvait me servir d'arme, en l’occurrence une tong.

  J'ai fait le tour de la terrasse, en évitant de justesse un méchant coup d'orteil dans la table qui m'aurait sûrement gâché la soirée, et suis tombé sur une paire d'yeux brillants, là, écarquillés comme pas, à un mètre cinquante de moi. J'ai pas pensé une seconde qu'il pouvait s'agir d'un léopard ou de quelque félin de sa famille, la branche sur laquelle était posé l'animal n'était pas si grosse que ça. J'ai pris le temps d'admirer la bestiole. Avec ses yeux de grenouille, elle avait un air con, se demandant sans doute ce que je pouvais bien foutre ici. J'ai fait demi-tour et déboulé dans la cabane.

  − Krista, bon sang, prends tes affaires, ON SE CASSE !!!

  − QUOI ?! elle a fait, les yeux ronds comme la chouette.

  Malheureusement je n'ai pas pu garder mon sérieux plus que ça, dommage, j'aurais bien aimé prolonger la blagounette, juste histoire de lui voir un peu plus longtemps sa tête de carpe aux aboies.

 

  Après quoi elle m'a demandé si tout de même j'étais certain, car une chouette ça faisait pas plutôt hou hou ? Comme à peu près les cris qu'elle a sortis, elle, un peu plus tard et après que je me suis remis à l'oeuvre.

 

©Franz Alias

 

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