➤ Oh valdingues [extrait 6]

p.166

 

  Comme c'était dimanche, Kim était revenu au garage vers 13h, des fruits dans un sac de papier, en spécialiste de la vidange, qu'il était. Tandis que je tentais de m'extraire du clic-clac en pas trop de gestes, il avait fait table rase et passait un coup d'éponge dessus. Le minimum d'épluchures et le tout coupé en dés. Un saladier et vlan : ingestion obligatoire.

  J'avais opté, pas dispo que j'étais pour les rebuffades. Ma pompe à sang m'envoyait dans la tête des coups imperméables.

  A la suite de quoi, il m'avait mis dans les mains ce fameux livre de quelques pages qui disait clairement des trucs complexes. Tu en reprendras matin, midi et soir, il avait ajouté. Je savais pas s'il causait des fruits ou du bouquin.

  Quand j'ai sorti ma tronche, en haut de l'escalier, j'ai pris dans l'oeil un flash de paparazzi et dans le nez un fumet d'ozone. Kim avait l'air de faire des étincelles. Penché sur son établi, à poil dans sa combinaison, un casque de soudeur sur la tête, il peaufinait ses oeuvres d'art. J'en ai profité pour m'éclipser.

  Dehors c'était flaques de lumière et chaleur blanche. Du plomb partout. J'ai longé les murs pour m'amortir l'éclaboussure. Vingt centimètres d'épargne.

  Plantée sous ça, la bicoque accusait le coup, elle était pas loin de fondre. j'ai escaladé le portail. Les volets alentours étaient tous quasi fermés. Opaque, l'espionnite.

  Après les vérifications d'usage, porte fermée, persiennes itou, les géraniums au bord de l'asphyxie, je me suis installé sur le banc, les pieds ousqu'on sait. Bien à l'ombre sous l'avancée du toit, je suis resté là un bon moment, à m'économiser le physique. Dans les méninges, c'était tout autre chose. Il me revenait de la nuit dernière des bribes de théorie. Elles me semblaient même vouloir s'immiscer et prendre une chaise. J'ai sorti le livre de Kim de ma poche arrière.

  La tolérence développe la générosité. La générosité favorise la bonté. La bonté procure le bien-être.

  Un train pas loin est passé au ralenti, dans un mélange de graves amers et d'aigus tristes.

  Ne pas juger le monde. Considérer que rien n'est alarmant pour soi. Se prendre en dérision.

  Un cri lointain de gosse est venu rompre l'immobilisme. Tout corps d'enfant sautant dans une piscine provoque un rire proportionnel.

  Souffrir permet de prendre conscience de soi. La liberté est dans le détachement.

  

  En fermant le bouquin, je me suis demandé ce que j'avais vraiment apporté à Krista, et si mon désir violent, et à mes yeux vital, d'être à ses côtés n'était pas simplement l'expression d'un égoïsme exacerbé.

  Krista, ma belle, c'est pas pour de faux que je t'aime, mais Krista, ma belle, est-ce que je t'aime comme il faut ?

 

 

 ©Franz Alias

 

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